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Quels moyens utilisent les vignerons pour lutter contre le gel dans la vigne ?

les vignerons luttent contre le gel dans la vigne

Il fait froid en ce début du mois d’avril. Après de belles semaines ensoleillées et douces, voilà le retour du mois de décembre en avril ! Quelle était ma surprise en assistant hier soir à une véritable tempête de neige ?! Mais au delà du fait que je doive relancer mon poêle ou à nouveau stresser sur les routes, mes pensées se tournent avant tout vers les vignerons. Dans leur lutte contre le gel dans la vigne, les vignerons passent de mauvaises nuits depuis quelques jours.

J’ai assisté également à des débats sur les réseaux sociaux sur les méthodes qu’utilisent les vignerons pour lutter contre le gel dans leurs vignes. Cela m’a donné l’idée de faire un article qui expose les différentes possibilités qu’ont les vignerons de protéger leurs cultures et la polémique écologique qui se crée autour de cela.

Impact du gel sur la vigne

Avant toute chose, la question à se poser est “pourquoi le vigneron doit protéger la vigne du gel ?”. Même si cela semble peut-être évident pour certains, il est tout de même important de rappeler quelques notions.

Les gelées de printemps arrivent au moment où la vigne reprend son activité, après avoir ralenti en hiver. Dès que les températures deviennent plus douces, la vigne évolue très rapidement et peut déjà former ses premiers bourgeons. Rappelons que les bourgeons formeront les grappes de raisin. Lorsque la vigne gèle à cette étape, le bourgeon peut brunir et mourir dès le dégel.

On distingue deux types de gelées : les gelées blanches et les gelées noires. Les gelées blanches constituent une légère pellicule blanche sur les feuilles. Ce type de gelée peut ne faire sécher que les feuilles présentes sur le dessus de la vigne. On appelle gelées noires les épisodes de grand froid, où les températures descendent en deçà de -5°C. Ces gelées plus importantes peuvent créer une perte totale de la récolte pour une année.

Les dégâts dépendent aussi de l’évolution du bourgeon au moment de la gelée, ainsi que du type de cépage. Si les bourgeons du chardonnay dépérissent avec le gel, il ne va pas produire à nouveau de fruits cette année-là. Souvenez-vous que certaines régions, comme la Bourgogne par exemple, ne font que des mono-cépages (en chardonnay, pour les blancs de Bourgogne).

Quelles sont les méthodes de lutte contre le gel ?

Le feu

Ces derniers jours, face à des gelées de -6 à -10°C, on voit apparaitre des photos de plus en plus nombreuses de parcelles de vignes embrasées. Non, ce n’est pas la vigne qui brûle, mais des feux allumés entre les rangs. Les vignerons sont de plus en plus inventifs : feux de paille, dans des petits pots métalliques, des bougies de cire, etc. Et parfois, malheureusement, en utilisant du gazoil pour alimenter tout cela. Outre la production de chaleur, c’est surtout la présence de fumée qui protège les vignes. Or, c’est la fumée qui est l’élément particulièrement polluant du feu (principalement à cause des particules fines).

les vignerons allument des bougies comme lutte contre le gel dans la vigne
Les vignerons allument des bougies comme lutte contre le gel dans la vigne. Source de la photo : France bleu

L’eau

Et arrosant la vigne par temps de gel, cela va former des cristaux de glace sur les rameaux et sur le bourgeons. Sur le même principe que l’igloo, les bourgeons sont ainsi protégés. C’est par exemple le cas du vigneron du Château d’Eyran à Bordeaux qui a posté une vidéo sur Facebook qui montre bien sa vigne protégée par les cristaux de glace.

Les éoliennes

Certains vignobles ont investi dans des éoliennes qui fonctionnent comme des ventilateurs géants et qui permettent de brasser le vent pour protéger la vigne. En effet, lorsqu’il gèle, c’est surtout l’absence de vent qui pose le plus de problèmes. Tant qu’il y a du vent, la vigne peut être protégée.

Le gros inconvénient de l’éolienne est évidemment s’il y a des voisins aux alentours du vignoble. Comme chaque débat lors de la création de parc éolien, les éoliennes génèrent des nuisances sonores.

Un hélicoptère

Petits vignerons indépendants s’abstenir. Voilà l’artillerie lourde de la lutte anti-gel. Pour le même objectif recherché qu’avec l’éolienne, les conséquences négatives sont ici évidemment nettement plus évidentes. Bruit, coût exorbitant, consommation énorme… l’hélicoptère est néanmoins encore utilisé.

Les canons à chaleur

Là où il n’est pas envisageable de brûler des bougies et où les voisins sont trop proches pour permettre l’utilisation d’éoliennes, il est encore possible d’installer des canons à chaleur. Sortes de chaufferettes en plein air, les canons permettent de protéger la vigne par de l’air chaud.

Le gel peut avoir des conséquences dramatiques sur le vignoble

La polémique sur les méthodes utilisées

Evidemment, la polémique tourne autour de l’impact écologique de toutes ces mesures. Certains crient au scandale auprès des vignerons qui cultivent en bio ou en biodynamie. Certes, il est clair que jusqu’à présent les solutions pratiquées ne brillent pas par leur empreinte écologique. On est entièrement d’accord. Mais réfléchissons également au nombre d’heures de travail, à l’énergie utilisée pour le traitement du sol, pour répandre les produits phytosanitaires (mêmes les produits bio peuvent se répandre avec un tracteur). Je trouve personnellement assez injuste de tirer à boulets rouges sur les vignerons, qui font des efforts considérables pour respecter leur terroir au quotidien, parce qu’ils n’ont pas encore trouvé l’idée géniale qui les protègera de voir leur récolte détruite en quelques nuits.

Il faut savoir qu’il est strictement interdit de placer des bâches sur les vignes, sous peine de ne pas obtenir l’appellation d’origine contrôlée. En effet, cela serait considéré comme une influence sur les caractéristiques du terroir.

Certaines méthodes comme asperger la vigne d’infusions de plantes semblent être de bonnes alternatives. Cependant, ces méthodes montrent leurs limites face à des températures qui descendent en dessous de -5°C.

L’impact social

Au delà de l’impact écologique, je pense que la dimension sociale doit évidemment être prise en compte dans les choix des vignerons. Au delà de l’offre qui risque d’être moins importante pour le consommateur s’il y a moins de vins, c’est surtout pour le vigneron et sa famille que cela aura un impact catastrophique.

Récemment, je discutais avec un vigneron de Touraine (en Loire) qui m’expliquait qu’en 2016 et 2017, il avait perdu 98 % de sa récolte à cause du gel. Vous imaginez si deux années de suite vous perdiez 98 % de votre capacité à gagner de l’argent ? Donc, au delà de l’impact écologique qui doit clairement être amélioré dans ces méthodes de lutte contre le gel, j’ai personnellement une pensée émue pour ces vignerons qui ne dorment pas beaucoup ces derniers jours et qui craignent pour leurs récoltes et leurs revenus.

Et vous, quel est votre avis sur ces pratiques de lutte contre le gel dans la vigne par les vignerons ?

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18 commentaires sur “Quels moyens utilisent les vignerons pour lutter contre le gel dans la vigne ?”

  1. Bonjour je comprends évidemment l’impact social pour les petits producteurs et ouvriers d’autant que ce n’est pas eux qui tirent les plus grands revenus de ces vignobles. Vivant à côté des vignobles de Pomerol et de Saint Emilion, je m’interroge sur la monoculture. Dans cette région il n’y a pas de place pour autre choses et très peu de production vivrières. Par contre nous subissons les dégâts environnementaux nombreux et ce sur plusieurs générations. Le combat contre le gel n’en est qu’une petite partie et je ne connais pas bien les impacts réels. En tout cas ce matin dehors ça pu la fumée donc qui dit fumée dit particules. J’ai le droit de m’interroger bien que dans le Bordelais ça ne se fait pas de remettre en question les pratiques.
    Bien à vous

    1. Merci pour votre commentaire. Loin de moi l’idée de stigmatiser la région de Bordeaux parce que je sais qu’il y a aussi des petits producteurs mais c’est évident que, dans un soucis écologique, les mono-cultures sur plusieurs centaines d’hectares sont une aberrations. Les mentalités changent, mais très lentement, et certaines régions bénéficient d’un tel prestige mondial que les changements sont très risqués et les enjeux financiers sont clairement à l’avant-plan, on est bien d’accord.
      En espérant que les fumées s’estompent le plus vite possible pour vous !

  2. Bonjour Clémence,
    Merci pour cet exposé clair, intéressant et nuancé.
    Je suis enthousiaste à l’idée de parcourir ton blog et de découvrir tes prochains articles.
    Bonne continuation !

  3. Oui mais il est difficile de faire un pommerol en Corrèze ou un St estephe à Clermont Ferrand donc oui monoculture…. Dans les aires géographiques adéquates..

    1. On est tout à fait d’accord que la qualité des vins de Bordeaux tiennent en grande partie de leur terroir et ne pourraient pas être produits ailleurs 😉 Cependant, je ne pense pas cela farfelu de réfléchir à la diversité des cultures dans l’absolu, pour le bien du sol. Vous ne pensez pas ? 🙂

  4. Philippe POUCHIN

    Bonjour
    Dans votre liste des moyens de lutter contre le gel vous oubliez la taille tardive, voire très tardive.
    Ou alors la taille en deux fois, la première fois sélection des sarments que l’on veut garder, le deuxième passage consiste à raccourcir ces sarments laissés longs (+/- 8 yeux) Cette stratégie utilise le fait que ce sont toujours les yeux des extrémités qui poussent en premier, ils seront donc sacrifiés, mais comme le vigneron ne souhaite pas les garder c’est moins grave. Bien sur il faut passer deux fois, la deuxième étant très rapide, mais vu les dégâts, ça vaut le coup d’essayer. Bien sur le frein est que la vigne ne gèle pas tous les ans (heureusement)
    Mais il est possible de n’appliquer cette stratégie qu’aux parcelles que l’on sait gélives (bas fonds)
    Bien sur ce moyen s’applique à la taille Royat ou gobelet, sans doute à adapter à la taille Guyot
    Avec cette méthode il est possible de gagner +/- 8 jours, c’est parfois suffisant pour échapper au pire.
    Bien à vous
    pphilippe

    1. Merci pour ce commentaire très intéressant et constructif. Je ne connaissais en effet pas ces méthodes, et je me demande dès lors pourquoi ne sont-elles pas plus répandues ? Avez-vous une idée ? Ok que cela concerne certaines tailles plus que d’autres, mais il me semble que les vignobles du Rhône méridional souffrent également pour le moment du gel…

  5. Bonjour Laurence,

    Il est important d’expliquer cela et c’est parfaitement effectué de manière très claire.
    Merci pour cet article didactique.
    Soutien total aux viticulteurs durant ces périodes où tout peut être perdu si vite.
    Gilles

  6. Philippe POUCHIN

    Bonjour
    Parlez en à des vignerons confirmés, ils connaissent. La mise en pratique est simple, mais coûteuse pour des parcelles qui ne gèlent pas souvent. Mais sur une propriété certaines parcelles sont plus sensibles que d’autres, ces parcelles sont bien repérées.
    Pour des gelées blanches, un coup d’œil sur le calendrier lunaire donne à voir les période sensibles (pleine lune entre le 10 et 30 avril pour la région où j’exerçais) Cela permet d’envisager un calendrier de taille adapté. Même si on n’étale pas la taille en deux fois, il est tout de même possible de terminer la campagne par ces parcelles, une taille tardive retarde le débourrement, c’est pas grand chose mais parfois ça tient justement à pas grand chose.
    Pour ce qui est des gelées noires, il n’y a pas grand chose à faire, pas de calendrier donc pas de prévision…

  7. Merci pour ces précisions. J’ai déjà parlé avec pas mal de vignerons mais encore jamais de ceux qui pratiquaient ces méthodes 😉
    On voit tout de même que face aux grosses gelées des derniers jours il n’y a malheureusement pas grand chose à faire…

  8. L’aspertion de Valériane sur les pieds est une méthode pour élever la teneur en sucrose de la vigne. Certains disent qu’ils gagnent un degré.

    La taille tardive ne peut être appliqué sur tout le vignoble (la taille d’un vignoble de superficie moyenne dure 2 à 4 mois). En général, les vignobles à risque sont taillés en derniers.

    Cavaillonage et conduites plus hautes permettent de gagner 0,5 à 1 degré.

    L’aspertion est une bonne solution pour autant que le vignoble rende l’eau à la source dont elle extrait l’eau.

    Il ne faut pas passer à côté du caractère exceptionnel du gel de cette année. La nature a par endroits connu 30 degrés de différence en moins de 48 heures.

    L’hélicoptère n’est pas si mauvais pour l’écologie qu’on ne le pense. Les bougies de parafine le sont nettement plus. Cette année les bougies n’auront pas donné de gros résultat (trop de vent et donc dispersion de la fumée nécessaire pour renvoyer l’irradiation de la chaleur vers le vignoble).

    Vous oubliez le prix de chaque mesure.

    https://www.levipe.be/fr/article/le-gel-dans-la-vigne

    1. Merci pour votre commentaire.
      Je suis étonnée de votre remarque sur l’impact écologique de l’hélicoptère… 😉
      Il est vrai que je n’ai pas parlé du coût financier de chaque mesure qui a évidemment aussi un impact sur le choix du vigneron.

  9. Philippe POUCHIN

    vu dans la presse:
    https://www.vitisphere.com/actualite-93809-Comment-la-taille-tardive-pourrait-sauver-des-vignes-du-gel.htm

    Des vignes voisines sont à peine taillées, le bourgeon pointe, elles n’ont rien. (Gard)
    Dans cette histoire il ne faut pas négliger le fait “social” que constitue une taille tardive souvent considérée comme indicateur de négligence. Ne pas oublier que le travail du vigneron est visible aux yeux de tous.

    La période entre la fin de la taille et le moment où la vigne débourre est souvent assez courte. Cette période est dédiée à de multiples taches; attachage, réparation des palissages et que sais-je encore selon les régions. Ce moment passé, le vigneron va “courir” après la vigne, l’herbe, les mises en bouteilles … Il y a donc un avantage à terminer tôt la taille, même si c’est contradictoire avec l’acrotonie.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Acrotonie

    Il y aura sûrement des ajustements à apporter à l’avenir dans la gestion des calendriers. Et, il faut encore le rappeler, contre une gelée noire il n’y a pas grand chose à faire, la taille tardive peut juste sauver quelques parcelles. Contre les gelées blanches par contre …
    Belle semaine

    1. Bonjour et désolée pour ma réponse tardive, des événements familiaux m’ont contraintes de me déconnecter cette semaine…

      Merci pour ce commentaire toujours très constructif. Je vois en effet poindre une réflexion de plus en plus appuyée sur la gestion de la taille, sur la “lutte” versus “l’adaptation” à la nature et au gel.
      Evidemment cette année a été particulièrement difficile, mais comme vous le mentionnez encore, des solutions pour les gelées blanches sont de plus en plus nombreuses…

      Belle journée à vous

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